Comment bouturer les arbres fruitiers ?
Bouturer les arbres fruitiers est une technique simple et accessible pour multiplier ses plantes, ses arbustes ou même certains arbres fruitiers. Contrairement au semis, qui peut donner des résultats totalement aléatoires, le bouturage permet d’obtenir un clone fidèle de la plante d’origine : même couleur, même forme, même parfum. C’est une méthode de reproduction idéale pour éviter les mauvaises surprises.
Bouturer les arbres fruitiers : principe
Le bouturage est une technique de reproduction asexuée : on prélève une partie d’une plante (le plus souvent une tige) pour créer un nouveau plant identique. Ce clonage naturel ne peut pas être reproduit en récupérant simplement les graines d’une plante.
Prenons un exemple simple : une fleur rouge.
On pourrait croire que récupérer les graines de cette fleur rouge permettrait d’obtenir une nouvelle fleur rouge… mais c’est faux. Les graines sont issues d’une reproduction sexuée, donc d’un mélange génétique. La fleur rouge a été pollinisée par une autre plante, parfois d’une autre couleur. Résultat : ses graines peuvent produire du rose, du violet, du blanc… ou une couleur totalement inattendue.
Avec une bouture, ce problème disparaît. La nouvelle fleur aura exactement les mêmes caractéristiques que la fleur d’origine : elle sera donc rouge, avec la même forme et caractéristiques.
C’est pour cette raison que les agriculteurs et les pépiniéristes conservent des plants mères. Ils savent que seule la reproduction asexuée permet de multiplier une plante à l’identique. Cela leur permet ainsi de perpétuer une variété intéressante, parfois certifiée.
Que peut-on bouturer ?
Avant de choisir quoi bouturer, il faut connaître les trois types de tiges :
Herbacée
Tige verte et souple. Bouturage au printemps ou en été (on n’en parlera pas dans cet article, plus destiné au verger).
Semi‑ligneuse / semi‑aoûtée
Tige qui commence à durcir.
Stade idéal pour les boutures en fin d’été (d’où le nom « aoûté », même si cela varie selon les plantes entre fin juillet et début septembre). On peut garder la bouture dehors, à l’ombre et surveiller son humidité.
Ligneuse
Tige dure et boisée.
Stade idéal pour les boutures en automne – hiver.
Ces trois types de tiges expliquent pourquoi certains fruitiers se bouturent facilement, tandis que d’autres ne produisent jamais de racines.
Bouturer les arbres fruitiers : les choix possibles
Fruitiers à pépins → oui
Pommier, poirier, cognassier
Ils se bouturent en bois semi-ligneux
Petits fruitiers → oui
Groseillier, cassissier, vigne
Ils se bouturent facilement en bois semi‑ligneux ou ligneux
Fruitiers à noyau → non (marcottage conseillé)
Cerisier, prunier, pêcher
Le bois des boutures ne produit pas de racines : elle échoue presque toujours.
Fruitiers à coque → non
Noyer, châtaignier, amandier, noisetier
Multiplication par semis, greffe ou marcottage selon l’espèce.
Petits fruitiers et plantes amies
Petits fruitiers → oui
Groseillier, cassissier, vigne, figuier (selon la technique). Ce sont des tiges ligneuses, qui s’enracinent lentement mais très bien.
- Plantes amies → oui
Lavande, sauge officinale, romarin, consoude, trèfle blanc, bourrache, thym, achillée…
Ce sont des tiges semi-ligneuses
Choisir une tige pour bouturer
Une bonne tige doit être saine et correspondre au bon stade de maturité :
- semi‑ligneuse (souple mais qui commence à durcir) pour les fruitiers à pépins et les plantes amies.
- ligneuse (bien durcie) pour les petits fruitiers. On évite les tiges trop vertes, les tiges en fleurs, et les tiges très dures et marron foncé.
Important pour bouturer les arbres fruitiers : si votre arbre fruitier est greffé, la bouture reproduira uniquement le greffon, c’est‑à‑dire la variété fruitière. Le nouveau plant n’aura pas le porte‑greffe qui donnait vigueur, résistance ou petite taille à l’arbre d’origine.
Bouturer les arbres fruitiers à bois semis ligneux
Note : cette photo a été réalisée par ia pour illustrer le geste général, mais un détail technique n’est pas correct : la coupe doit être réalisée en biais à 3 ou 5 mm au dessus du bourgeon (la lame droite du sécateur en haut, la lame incurvée en bas). Le bois choisi est vert brun et non marron foncé.
Les fruitiers à pépins se bouturent mieux que les fruitiers à noyaux. C’est le cas du pommier ou du poirier, qui produisent des tiges capables de s’enraciner lorsqu’elles sont prélevées au bon stade.
On choisit toujours une tige de l’année inclinée à environ 45°C du tronc, de 6 à 8mm de diamètre (la taille d’un crayon), encore souple mais qui commence à durcir : une tige semi‑aoûtée, ni trop verte, ni totalement ligneuse. On prélève la bouture avec un sécateur bien aiguisé et désinfecté à l’alcool. La coupe doit être nette, réalisée juste après 3 à 5 mm d’un bourgeon sur la branche mère, et légèrement en biais. Cette inclinaison facilite la cicatrisation de l’arbre et évite que l’eau de pluie ne stagne sur la plaie.
La bouture, quant à elle, est préparée différemment : on la retaille juste sous un noeud (là où la feuille est attachée, et où il y a un bourgeon). Elle doit mesurer 15 à 20 cm, présenter 3 à 4 nœuds . Elle doit être prélevée en fin d’été ou début d’automne. On utilise généralement le sommet de la tige, car cette partie contient davantage d’hormones naturelles de croissance et s’enracine plus facilement. A défaut, si le sommet est trop tendre : on choisit une section juste en dessous, plus stable et mieux équilibrée.
On retire toutes les feuilles ou on conserve éventuellement une seule feuille coupée en deux si elle est très petite. Les boutures de fruitiers évaporent énormément et s’enracinent lentement : garder des feuilles entières les ferait se déshydrater avant qu’elles ne forment des racines. Leur bois contient suffisamment de réserves pour survivre sans feuilles, ce qui permet de privilégier l’enracinement plutôt que la photosynthèse.
Enfin, on plante la bouture (voir dans la partie « technique de bouture »).
Note : 2 boutures issues d’une même branche (bois de couleur vert-brun).
Bouturer les petits fruitiers à bois ligneux
Les petits fruitiers (groseillier, cassissier, vigne, figuier selon la technique) se bouturent aussi très bien en bois ligneux, c’est‑à‑dire sur des tiges durcies prélevées en automne–hiver (septembre-novembre) ou au début du printemps (mars-avril). Il n’y a aucune feuille sur la branche. On coupe de la même manière que pour les arbres à bois semis ligneux.
- Longueur : 15 à 20 cm
- Bois bien dur
- 2 à 3 nœuds enterrés
- On coupe proprement au sécateur, sur une tige saine de l’année précédente
Le bois ligneux s’enracine plus lentement que le semi‑ligneux, mais il est plus résistant au froid et aux variations d’humidité. C’est une excellente option pour multiplier les petits fruitiers en fin de saison.
On laisse la bouture dehors ou en serre froide et on attend le printemps suivant pour son enracinement.
Bouturer les plantes amies du verger (bois semis ligneux)
La lavande, romarin, sauge officinale… sont d’excellentes plantes compagnes au pied des arbres fruitiers : elles attirent les pollinisateurs, repoussent certains ravageurs et améliorent la biodiversité du verger.
Pour aller plus loin, découvrez comment créer un verger en permaculture et installer un écosystème fruitier autonome.
Les plantes qui possèdent une tige sont généralement les plus faciles à bouturer.
La lavande et la sauge officinale (plus rustique pour les régions du Nord) se bouturent très facilement en fin d’été. On choisit une tige semi‑aoûtée, c’est‑à‑dire une tige qui a commencé à durcir sans être totalement ligneuse : ni trop verte, ni trop dure. C’est le stade idéal pour l’enracinement.
La bouture doit mesurer 8 à 12 cm, être sans fleurs, et présenter 2 à 3 nœuds visibles. On prélève généralement le sommet de la tige, car cette partie contient davantage d’hormones naturelles de croissance.
On retire les feuilles du bas, puis on garde 2 à 4 feuilles en haut pour que la bouture puisse respirer et produire un peu d’énergie. Si les feuilles sont grandes, on peut en couper la moitié : cela réduit l’évaporation tout en conservant leur fonction. Plusieurs demi‑feuilles sont souvent plus efficaces que deux feuilles entières, car la photosynthèse et la transpiration sont mieux réparties. De plus, la coupure provoque une réaction chez la plante, qui va se mettre à produire des auxines (un stimulateur de croissance, idéal pour les racines).
Enfin, on plante la bouture (voir dans la partie suivante).
Bouturer les arbres fruitiers : technique
Préparation des boutures (dont hormones)
L’hormone de bouturage aide la plante à fabriquer de nouvelles racines qui pousseront au niveau d’un ou 2 nœuds enterrés. On les appelle des racines adventives. Ces racines ne sont pas naturelles : elles apparaissent uniquement lorsqu’on prend un morceau de tige pour en faire une bouture.
L’hormone de bouturage est utile lorsque la tige s’enracine lentement ou manque de « signal hormonal » pour démarrer le processus, comme chez les plantes ligneuses ou les arbres fruitiers. Les plantes faciles, comme la lavande, sauge… n’en ont généralement pas besoin, mais elle augmente nettement le taux de réussite pour les espèces plus délicates.
- Hormone de bouturage en poudre (vendue dans le commerce)
La plus efficace. Elle apporte des auxines et protège la base de la tige contre la pourriture. Idéale pour les arbres fruitiers et les plantes ligneuses.
- Hormone de bouturage liquide (vendue dans le commerce)
Solution diluée d’auxines. Moins concentrée que la poudre, mais très pratique pour les boutures herbacées ou semi‑ligneuses. Convient bien aux boutures d’été, aux vivaces, aux rosiers, aux hortensias, etc.
- Eau de saule (méthode maison)
Riche en auxines (hormones naturelles) et en acide salicylique (anti‑stress). Très utile pour les fruitiers à pépins et les boutures hivernales. Faire tremper 8 à 12 petits morceaux de jeunes rameaux (10 à 15 cm) en intégralité dans 1 l d’eau pendant 24 h à 48 h.
- Miel (méthode maison)
Antibactérien. Il protège la base de la tige mais n’apporte pas d’hormones. Convient surtout aux plantes tendres qui s’enracinent facilement. Déposer une fine couche sur la base de la tige.
Application des hormones de bouturage
Hormone en poudre : quelques secondes.
On trempe 1 à 2 cm de la base de la tige, juste assez pour couvrir les nœuds inférieurs.
Hormone liquide : quelques secondes.
On trempe 1 à 2 cm de la base de la tige, ce qui peut inclure un nœud inférieur si la tige est courte.
Eau de saule : environ 10 minutes.
On trempe la base de la tige sur 1 à 2 cm, comme pour une hormone liquide.
Quelle que soit la méthode choisie, pour ce qui concerne les hormones achetées dans le commerce, référez-vous bien sûr à la notice en priorité.
Installer la bouture : en terre ou dans l'eau
- Terreau
- Ou terreau + sable (50/50), si la plante est sensible à l’humidité, par exemple.
Conditions idéales d’enracinement
Boutures herbacées (tiges tendres — non concerné ici) :
- À l’intérieur ou extérieur très abrité
- Lumière douce, indirecte
- Printemps → été
- 18–22°C
- Sous cloche obligatoire (humidité 80–90%)
- Ne jamais mettre de cloche en plein soleil
- Aérer 10 min par jour pour éviter les champignons
Boutures semi‑ligneuses (fruitiers : pommier, poirier, cognassier, figuier…) :
- Fin été → début automne (Juillet → Septembre)
- Température idéale : 15–20°C
Boutures ligneuses (bois dur : vigne, groseillier, cassissier, rosier aoûté) :
- Automne (Septembre → Novembre)
- Ou début printemps (Mars → Avril)
- Température idéale : 10–18°C
- Sans cloche
Commun aux boutures semi‑ligneuses et ligneuses :
- Dehors, à l’abri du vent
- Véranda non chauffée possible (si température proche de l’extérieur)
- Lumière douce ou mi‑ombre
- Coin protégé (mur, haie, sous un arbre)
- Sans cloche
✔ Arrosage :
- Substrat humide mais jamais détrempé
- Vaporiser légèrement si nécessaire
- Toujours laisser drainer
✔ Stockage des boutures ligneuses et semi‑ligneuses en hiver :
- Dehors ou véranda non chauffée (5°C – 12°C en hiver)
- À l’abri du gel direct
- Pot protégé (voile d’hivernage sur le pot, pas sur la tige)
- Air libre, jamais de cloche
- Lumière douce, pas de soleil direct
- Substrat légèrement humide
Bouture : étapes après l’enracinement
✔ Vérifier la croissance de la bouture
La bouture a une bonne croissance lorsqu’elle présente 2 à 3 nouvelles feuilles. Cela peut prendre 2 à 4 mois pour les arbres fruitiers. Gardez bien à l’esprit qu’une plante amie a entre 80 et 95% de réussite, alors qu’un arbre fruitier tombe seulement entre 30 et 60%, ce qui est tout à fait normal.
✔ Rempoter
Quand les racines atteignent le bord du pot. Pour un arbre, attendre au moins 1 à 2 ans. Pour la suite, vous pouvez découvrir où planter un arbre fruitier sur votre terrain afin de lui offrir les meilleures conditions.
✔ Acclimatation
1 semaine à la lumière indirecte avant plein soleil.
Conclusion
Bouturer n’a rien de compliqué : il suffit de prélever la bonne tige, de respecter son stade de maturité et de lui offrir des conditions adaptées. Semi‑ligneux en fin d’été, ligneux en automne–hiver : ces deux techniques permettent de multiplier facilement les fruitiers à pépins, les petits fruitiers et les plantes compagnes du verger. Bouturer les plantes aromatiques est simple car elles s’enracinent très vite. A l’inverse, bouturer les arbres fruitiers est naturellement plus lent avec un taux de réussite aléatoire ce qui est, encore une fois, tout à fait normal. Dans tous les cas et avec un peu de patience, vos boutures deviendront de jeunes plants prêts à être rempotés ou plantés au jardin. Une méthode simple, économique et idéale pour agrandir son verger pas à pas.
